Disparition de Delphine Jubillar : comment l’enquête sur un crime sans aveux a tourné au bras de fer

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Ce mardi 6 juillet, les avocats de Cédric Jubillar, écroué et accusé du meurtre de sa femme Delphine Jubillar, disparue depuis six mois du domicile familial de Cagnac-les-Mines (81), vont tenter d’obtenir sa sortie de prison. Il s’agit surtout pour eux de démonter, point par point, les charges qui pèsent sur leur client. Des éléments jugés « mensongers et fragiles »,  par la défense.

« Je vous jure, je n’ai rien fait. Je vous le jure. » Il est 3 heures du matin ce vendredi 18 juin. La garde à vue de Cédric Jubillar est sur le point de s’achever après plus de 40 heures passées dans les locaux de la gendarmerie de Gaillac (81). Un enquêteur chevronné de la section de recherches de Toulouse lui tend une photo de famille. On y voit Cédric, son épouse Delphine et leurs deux jeunes enfants, Louis et Elyah, des sourires accrochés aux lèvres, c’était le temps de l’amour et des vacances. Le cliché de la famille parfaite, l’image d’un bonheur que le temps a lentement fissuré. Avant que le couple ne se déchire pour entamer une procédure de divorce sur fond de conflits récurrents et de mensonges. Elle avait un amoureux, Cédric l’a découvert.

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Selon le parquet de Toulouse, Delphine n’avait aucune raison objective et rationnelle de quitter la maison familiale en pleine nuit ce soir du 15 décembre 2020. « Sois courageux, c’est maintenant… Un jour, tes enfants te demanderont des comptes », insiste l’enquêteur, au bout de ces auditions marathon. Mais Cédric ne bronche pas. Suspecté d’avoir tué son épouse Delphine Jubillar, cette infirmière de 33 ans mystérieusement disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, du domicile familial de Cagnac-les-Mines, ce peintre plaquiste de 33 ans demeure impassible, comme détaché. Un dernier rictus clôture l’interrogatoire.

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Ni sa mère Nadine croisée dans les couloirs de la gendarmerie, menottes aux poignets, avant d’être libérée, ni ce cliché familial censé déclencher chez lui une onde de choc, n’auront permis de recueillir ces fameux aveux espérés par des enquêteurs déterminés, au terme de sept auditions en moins de 48 heures. C’est ainsi que s’achèvent ces deux jours de garde à vue.

Pas de corps, pas d’aveux

Pas d’aveux, pas de corps, pas de scène de crime, ni arme. Mis en examen pour le meurtre de sa femme et écroué, Cédric Jubillar clame toujours son innocence dans cette affaire énigmatique.

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Le mardi 6 juillet, ses trois avocats, Mes Emmanuelle Franck, Alexandre Martin et Jean-Baptiste Alary, vont tenter d’obtenir la remise en liberté de leur client, écroué depuis trois semaines. Ils ont obtenu que cette audience, devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse, soit publique. « Pour respecter la présomption d’innocence de Cédric Jubillar et pour rétablir l’équilibre rompu par les propos du procureur de la République, lors de sa conférence de presse du 18 juin, nous avons demandé et obtenu auprès de la cour la publicité des débats », insiste Me Martin.

Depuis une semaine, le trio fourbit ses armes et prépare la contre-attaque. Objectif : démonter, point par point, les charges qui pèsent sur Cédric Jubillar (lire ci-contre), dans un dossier de 10 000 pages où les preuves accablantes et irréfutables font cruellement défaut. Le défi est de taille. Car en réalité, depuis le début de cette affaire, Cédric Jubillar est dans le collimateur des enquêteurs. Il est la dernière personne à avoir vu vivante son épouse Delphine qui projetait de refaire sa vie avec son amant quelques semaines plus tard.

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Selon les enquêteurs, Cédric aurait découvert l’existence de ses projets le soir du 15 décembre alors que Delphine vient d’envoyer un ultime SMS à son amoureux, à 22h55, où elle apparaît en tenue de nuit, prête à aller se coucher.

Depuis les premiers jours de la disparition de l’infirmière, l’attitude de cet homme est passée au crible par les profileurs du département des sciences du comportement (DSC). Des gendarmes spécialisés dans les dossiers complexes et formés en psycho-criminologie. Leur expertise très pointue fournit une aide précieuse aux enquêteurs de la section de recherches de Toulouse et de la brigade de recherches d’Albi, mobilisés sur ce dossier.

La mère de Cédric en pleurs

Très vite, les incohérences et le comportement évolutif de Cédric Jubillar attirent l’attention de ces experts très discrets. Ses premières déclarations, sur une balade nocturne de Delphine avec les chiens, sa thèse du départ volontaire avec une seule doudoune et un téléphone portable, les diverses manipulations via les réseaux sociaux pour tenter d’apparaître comme la victime d’une femme « volage » n’auront été que des leurres aux yeux des enquêteurs.

Une fois refermées toutes les autres pistes, rôdeur sexuel, fugue, accident, suicide, départ volontaire ou amant… il n’en reste qu’une : Cédric Jubillar.

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Une évidence aux yeux des enquêteurs. « Aucun élément de preuves ! », rétorque la défense, fustigeant « la légèreté du raisonnement », s’indigne Me Alary. Pourtant les enquêteurs labourent méticuleusement le terrain. Pas moins de 550 lignes téléphoniques sont repérées autour de la borne du pavillon des Jubillar, dans le créneau horaire pouvant correspondre à l’éventuel crime. En éliminant les résidants, ce ne sont plus que 216 lignes qui restent à éplucher. Un travail colossal puisque tous les détenteurs de ces lignes sont auditionnés, entre les mois de mars et avril pour qu’ils justifient de leur présence durant cette nuit dans le secteur. « Ils ont fermé des portes mais ils n’ont pas vérifié jusqu’au bout les déclarations de ces personnes, estiment Me Franck et Martin. On ne sait même pas quelle voiture ils ont… »

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Selon l’accusation, Cédric Jubillar a découvert au soir du 15 décembre les projets amoureux de son épouse en tombant sur ce fameux SMS destiné à son amant, après plusieurs semaines de traque pour la démasquer. Le scénario proposé serait le suivant : un coup est parti, sans le vouloir, et Cédric aurait étouffé son épouse avant de faire disparaître son corps à un endroit déjà repéré.

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Lors de sa garde à vue et placée face aux accusations qui pèsent sur son fils, la mère de Cédric Jubillar vacille, en plein doute. « Compte tenu de ces éléments, pensez-vous aujourd’hui que votre fils est impliqué dans la disparition de son épouse ? » interroge l’enquêteur. 
– « Oui, je le pense… », répond Nadine, en larmes, la tête dans ses genoux.