comment les pays étrangers incitent leurs citoyens à se faire vacciner

FOCUS – Face aux réticences de certaines populations à se faire vacciner contre le coronavirus, les gouvernements recourent à toutes sortes de mesures.

«Vaccination obligatoire». Le mot est sur toutes les lèvres, mais presque aucun gouvernement n’a jusqu’à présent osé franchir le pas. La situation épidémique menace cependant de déraper à nouveau à cause du variant Delta, bien plus contagieux et en voie de supplanter les autres dans les mois, si ce n’est les semaines à venir. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a ainsi alerté dimanche 4 juillet sur la possibilité qu’une quatrième vague survienne «dès la fin juillet». Estimant que ni les gestes barrières ni les mesures collectives ne suffiront, l’Académie de médecine a préconisé dès le mois de mai de rendre la vaccination incontournable.

Or, Emmanuel Macron a toujours affirmé qu’il s’y opposait «à ce stade». À défaut d’une obligation collective, Olivier Véran envisage désormais d’y recourir pour les soignants. Mais cette mesure coercitive se limiterait à cette catégorie, le gouvernement préférant user d’incitations avec les Français, comme avec les pass sanitaires français et européen. Face au ralentissement des injections et de la montée en puissance des contaminations par le variant Delta, des pays l’ont imposé à des populations à risques. Mais, la plupart usent surtout de stratégies incitatives et contraignantes. Revue de détail.

Une obligation pour certaines professions

  • L’Italie suspend le salaire du personnel soignant qui refuse de se faire vacciner

En Italie, pour les soignants, c’est le vaccin ou les sanctions. Fin mars, la volonté de leur imposer la vaccination était déjà dans les esprits, après la contamination de patients en milieu hospitalier par des soignants non vaccinés. Fin avril, un décret autorisant à suspendre le personnel médical refusant la vaccination a été adopté, prévoyant «soit un changement de fonction, soit la mise en congé forcé, soit la suspension sans salaire.» À ce jour, 98% d’entre eux ont déjà reçu une première dose. En Calabre, au sud-ouest de l’Italie, 16 soignants non-vaccinés sont privés de salaire jusqu’au 31 décembre, sauf s’ils changent d’avis. Selon la presse italienne, la colère du monde médical monte: 300 soignants ont saisi la justice en vue d’obtenir la levée de l’obligation de se faire vacciner.

  • États-Unis: une obligation laissée à la discrétion des entreprises et des villes

Aux États-Unis, Joe Biden s’est toujours clairement prononcé contre une obligation vaccinale au niveau fédéral. Toutefois, certaines villes ou structures ont pris les devants. Par exemple, des employeurs font de la vaccination un critère préalable à l’embauche. Depuis fin avril, le restaurant new-yorkais Eleven Madison Park recrute uniquement des personnes vaccinées. D’autres l’imposent à leurs salariés déjà en fonction, comme la banque Morgan Stanley. La propagation du variant Delta et le ralentissement de la campagne vaccinale inquiètent les autorités sanitaires. Selon les données collectées par les Centres de prévention des maladies (CDC), 99,5% des personnes décédées du virus depuis le mois de janvier n’étaient pas vaccinées, rapporte le journal Les Echos. L’objectif du gouvernement américain d’atteindre 70% de vaccination n’a d’ailleurs pas été atteint comme prévu le 4 juillet.

À San Francisco, la vaccination devient obligatoire pour les 35.000 agents municipaux, sous peine de sanctions disciplinaires. Du côté du monde étudiant, la vaccination s’est imposée dans des centaines d’universités américaines, comme à Harvard. Mais cette injonction provoque parfois la polémique. À l’hôpital de Houston, 150 employés ont été licenciés ou ont démissionné à la suite de leur refus. L’affaire a été portée en justice par les employés, mais leur plainte a été rejetée.

À VOIR AUSSI – États-Unis: bières gratuites et vaccin anti-Covid au menu d’une brasserie

  • Face au variant Delta, l’Australie impose la vaccination à des catégories de population bien précises

Le pays insulaire est confronté à une vague épidémique sans précédent, en raison de la propagation du variant Delta. De ce fait, le premier ministre, Scott Morrison, a annoncé lundi 28 juin rendre obligatoire la vaccination pour les professionnels de santé les plus âgés, rapporte le média Australian . Les travailleurs en maisons pour personnes âgées sont également tenus de recevoir au moins une dose d’ici la mi-septembre 2021. Pour le reste de la population, la vaccination anti-Covid n’est «actuellement» pas obligatoire, souligne le gouvernement.

Dans le cadre de sa politique de santé, le gouvernement australien est très strict. Par exemple, il prévoit de suspendre ou réduire le versement des allocations familiales si l’enfant n’a pas reçu une liste de vaccins. C’est le système «No jab, no pay». Dans certains États, la vaccination des enfants est également associée à son entrée à la crèche et à l’école, ce que les Australiens nomment «No jab, no play.» Cependant, ces prescriptions ne sont pour l’instant pas à l’ordre du jour concernant le vaccin anti-Covid.

  • Le Kazakhstan ordonne la vaccination obligatoire de la plupart des employés

En raison de la découverte de cas liés au variant Delta, le Kazakhstan a ordonné jeudi 1er juillet la vaccination obligatoire de la plupart des employés qui ont des contacts avec d’autres personnes. Fier d’avoir développé son propre vaccin, nommé QazVac, le pays d’Asie centrale exhorte sa population à se faire vacciner. Mardi 29 juin, le ministre de la Santé s’est félicité de l’accélération de la couverture vaccinale. «Le déploiement du vaccin au Kazakhstan a été multiplié par 1,6 au cours de la semaine dernière, passant de 254.000 à 405.000 personnes», rapporte le média The Astana Times.

Un vaccin pas obligatoire, mais…

  • En Russie: entre incitation et coercition

Mercredi 30 juin, Vladimir Poutine a appelé les Russes à recourir à la vaccination, sans la rendre obligatoire. Le pays durement touché par le variant Delta détient le record de décès quotidiens dus au Covid-19. Opposé au caractère contraignant, le dirigeant russe a cependant admis que les gouverneurs de «certaines régions» ont la possibilité de l’imposer «pour certaines catégories de citoyens». Samedi 20 juin, le ministre russe du Travail, Anton Kotiako, a confirmé cette mesure coercitive. «Si les autorités sanitaires d’une région rendent la vaccination obligatoire pour certaines catégories de travailleurs, un employé non vacciné pourra être suspendu», a déclaré le ministre. Mi-juin, le maire de Moscou Sergueï Sobianin avait déjà franchi le pas: il a ordonné que 60% des travailleurs dans le secteur des services soient vaccinés d’ici mi-août, sous peine de sanction.

À VOIR AUSSI – Malgré la propagation du variant Delta, Vladimir Poutine n’est «pas favorable à la vaccination obligatoire»

  • Des sanctions drastiques au Pakistan

Au Pakistan, la vaccination n’a pas été officiellement proclamée. Néanmoins, des paramilitaires réfractaires à la vaccination ont récemment été suspendus et la province du Penjab a menacé de couper le téléphone aux récalcitrants. De même, dans la province du Sind, les fonctionnaires qui refusent l’injection ne seront pas payés à partir de juillet prochain. Enfin, le pouvoir a pris la décision d’interdire les mariages aux non vaccinés et l’accès aux cinémas, relève le média pakistanais Dawn.

  • En Chine, «pression sociale » et récompenses à la clé

Tous les moyens sont bons en Chine pour vacciner en masse: publicités, appels à la vaccination dans les journaux télévisés, les autorités manient la carotte et le bâton. Ceux qui refusent la vaccination sont montrés du doigt. Le pays a réussi à franchir la barre du milliard de doses injectées le 21 juin pour atteindre 1,12 milliard jeudi 24 juin.

Mais c’est également la peur du virus qui a mobilisé des millions de chinois. Après une accalmie de plusieurs mois, des nouveaux cas du Covid-19 ont été détectés. Aussitôt, des milliers de personnes se sont pressées dans les centres de vaccination. À côté de Pékin, un arrondissement a même décidé d’offrir deux boîtes d’œufs aux personnes vaccinées, rapporte le quotidien basé à Hong Kong, The South China Morning Post.

  • Aux Philippines: le vaccin ou la prison

Face à la lenteur de la campagne vaccinale, le président philippin a fait le choix de la méthode forte. Lundi 21 juin, Rodrigo Duterte a menacé dans une allocution télévisée, de jeter en prison les Philippins qui ne se feraient pas vacciner. «Vous choisissez: le vaccin ou je vous fais emprisonner», a-t-il martelé. Le chef de l’exécutif veut également que des listes de citoyens non vaccinés, soient dressées, afin de les poursuivre en justice. «Ils devraient écoper d’une peine de prison qui servirait de punition pour avoir défié les ordres du gouvernement», a abondé le président. 2,5 millions de Philippins ont reçu leurs injections, soit seulement 3,6% des 70 millions de personnes concernées par la vaccination.

  • Royaume-Uni: vers une vaccination exigée pour le personnel soignant?

À l’instar de la France, la vaccination divise de l’autre côté de la Manche. Malgré l’avancement de la campagne de vaccination et un long confinement hivernal, le Royaume-Uni est confronté depuis plusieurs semaines à une flambée des contaminations attribuée au variant Delta. Ainsi, le Parlement doit prochainement statuer sur une obligation de se faire vacciner pour les employés des maisons de retraite et de soins. Début juillet, 84% des adultes britanniques ont reçu au moins une dose et 63% deux doses de vaccin, selon les données officielles.

Avec un variant Delta considéré comme 40% à 80% plus contagieux que l’Alpha, «le niveau d’exigence de la couverture vaccinale minimum est plus élevé que ce qu’on pensait au départ», a prévenu vendredi 2 juillet Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève.

À VOIR AUSSI – Royaume-Uni: le variant indien représente désormais «jusqu’à trois quarts» des nouveaux cas