Catalogne : après l’incendie au Cap de Creus, la polémique sur les bombardiers d’eau avec le gouvernement espagnol

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Alors que le feu a ravagé 415 hectares entre Llança et El Port de la Selva, dont l’essentiel dans le parc naturel du Cap de Creus, Barcelone reproche à Madrid de n’avoir pas demandé immédiatement le renfort aérien des Canadair français, qu’elle estimait plus proches pour intervenir efficacement sur le sinistre.

Hier matin, les pompiers continuaient à arroser les pentes calcinées par l’incendie qui a dévasté ce week-end plus de 400 hectares du parc naturel du Cap de Creus, le pire sinistre subi par la Catalogne depuis le début de l’année. Selon les premiers éléments de l’enquête, c’est un mégot jeté depuis une voiture qui serait à l’origine du feu et une recherche ADN est en cours pour tenter d’identifier le responsable de ce geste criminel qui a conduit à l’évacuation de 350 personnes entre Llança et El Port de la Selva et jusqu’à La Selva de Mar, le village de La Vall de Santa Creu s’étant retrouvé quant à lui cerné par les flammes.

« C’est une catastrophe pour cet espace protégé qui est un patrimoine naturel et historique exceptionnel dominé par l’abbaye de Sant Pere de Rodes et c’est terrible car tous les pins que nous avions replantés après le dernier incendie, il y a 25ans, ont brûlé », témoigne au téléphone l’historien local Isidre Corominas tandis que depuis dimanche, la polémique est engagée entre Barcelone et Madrid.

Car si l’État espagnol a déployé de gros moyens aériens contre le feu, en déclenchant notamment des renforts de la région de Valence, de Salamanque et de Guadalajara… Selon le directeur général du sauvetage et de la prévention des incendies de Catalogne, il était trop tard considérant qu’il aurait mieux valu faire appel dès le départ aux Canadair français, beaucoup plus proches pour intervenir et circonscrire immédiatement les flammes. Une aide française demandée par Barcelone mais refusée par Madrid, a indiqué Laura Borràs, présidente du Parlement de Catalogne, d’autant plus en colère sur Twitter, que les bombardiers d’eau français étaient, eux, « à quelques kilomètres de la frontière » tandis qu’avions et hélicoptère espagnols devaient arriver de beaucoup plus loin. Une lecture qui a été contestée, en ligne, un tweeteur faisant remarquer que les avions de la Sécurité civile étaient basés à Nîmes. Le gouvernement espagnol a répliqué pour sa part,selon la presse catalane, qu’il n’avait pas « été jugé opportun ni nécessaire de demander de l’aide à la France voisine. » Une déclaration qui ne devrait pas éteindre les braises, côté catalan – a fortiori dans des communes historiquement indépendantistes — mais qui pourrait aussi remettre sur le tapis l’idée d’une « force européenne » des Canadair, proposée en 2017 à Emmanuel Macron par le président de PACA Renaud Muselier. 

Pierre Challier