Bulles mouvantes, jauges variables… Ce qui est prévu pour l’Euro sur le plan sanitaire

C’est un évènement particulièrement attendu. Déjà repoussé d’un an en raison de la pandémie de Covid-19, l’Euro de football s’ouvre vendredi et s’accompagnera jusqu’au 11 juillet d’une nuée de précautions sanitaires, variables d’un pays à l’autre et qui concernent les joueurs comme les spectateurs. Le tournoi est réparti dans onze pays, avec des milliers de supporters qui se déplacent à travers l’Europe. 

De quoi susciter quelques inquiétudes sur les risques de contamination. Mais comme le déclare à l’AFP l’épidémiologiste Antoine Flahault, « l’heure est à la décrue épidémique dans une grande partie de l’Europe. Donc le risque me semble très limité pour l’immense majorité des Européens ». Le directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève distingue toutefois « le Royaume-Uni et le Portugal, pays qui connaissent une phase de croissance épidémique exponentielle ». Deux matches du premier tour auront lieu au Royaume-Uni (à Londres et Glasgow). En outre, trois équipes britanniques (Angleterre, Ecosse, pays de Galles) et le Portugal participent à l’Euro. Le point sur les mesures prises pour que le Covid-19 soit hors-jeu.  

  • Tests réguliers, pas de visites… Les équipes dans leurs « bulles »

Joueurs, encadrements, officiels et médias sont rodés depuis près d’un an aux « bulles » qui ont permis la reprise des compétitions mi-2020 : ils devront subir des tests réguliers au Covid-19, espacés de quatre jours au maximum et rythmés par leurs déplacements dans les onze pays hôtes, garder leurs distances et éviter visites et escapades. Cet isolement risque d’influer sur la vie de groupe, déjà un paramètre clé lors de compétitions longues. 

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Les équipes vivront donc sous la menace de forfaits liés à des contaminations – comme celui du gardien néerlandais Jasper Cillessen pour tout le tournoi, ou ceux de l’Espagnol Sergio Busquets et des Suédois Dejan Kulusevski et Mattias Svanberg pour Suède-Espagne lundi. 

S’il n’a jamais été question d’imposer la vaccination des participants, une partie des délégations aura déjà bénéficié d’une ou deux injections, sans qu’il soit possible d’estimer dans quelles proportions. L’encadrement des Bleus a par exemple été vacciné avant la fin mai, mais rien n’a été organisé pour les joueurs, laissés à leur « choix personnel ». Kylian Mbappé a reçu sa première dose le 25 mai. L’équipe d’Espagne, elle, a reçu le feu vert pour être vaccinée mercredi après le cas positif de Sergio Busquets. 

  • Budapest, Munich… des jauges variables dans les stades

Le grand défi de l’UEFA était d’obtenir que chaque ville hôte accueille du public, une exigence liée aux recettes attendues de la billetterie mais aussi au désir de célébrer le premier tournoi international majeur depuis le Mondial 2018 sans la morosité des huis clos. « Chaque site, chaque ville, chaque pays a défini sa formule », explique à l’AFP Daniel Koch, ancien « Monsieur Covid » de la Suisse devenu conseiller sanitaire de l’UEFA pour organiser ce retour des spectateurs. 

Budapest s’est engagée à remplir son stade – soit environ 68 000 spectateurs -, sous condition de vaccination complète pour les Hongrois, et de vaccination ou de test négatif pour les étrangers. A l’inverse, Munich n’admettra que 22% de public dans sa mythique Allianz Arena, soit 14 000 personnes au maximum. 

De son côté, le Danemark autorisera 25 000 spectateurs lors des quatre matchs qui se joueront à Copenhague, contre 16 000 jusqu’ici. Faute de temps, cette mesure ne pourra pas toutefois pas être mise en place dès la première rencontre, Danemark-Finlande, samedi, a prévenu la fédération. 

L’accès aux enceintes sera partout échelonné pour éviter les files d’attente, avec un créneau d’entrée de trente minutes pour chaque détenteur de billet, et la sécurité des spectateurs reposera sur la distanciation et la présence de « 800 distributeurs de solution hydroalcoolique en moyenne » par stade, selon l’UEFA. 

Le risque de contamination dans les stades semble en tout cas limité : être à l’extérieur favorise en effet la disparition des aérosols. Or, ces nuages invisibles de particules que nous émettons lorsque nous parlons ou respirons sont largement responsables des contaminations. « Avec le masque, il ne devrait pas y avoir de problème, même si les stades sont des lieux protégés du vent », juge le physicien Bruno Andreotti, spécialiste de la transmission par aérosols. 

  • Quarantaine ou non ? L’obstacle des frontières

Pour les supporters qui veulent suivre leur équipe, l’obstacle majeur sera aux frontières, alors que seuls l’Azerbaïdjan, la Hongrie et la Russie ont pour l’heure mis en place des procédures spéciales pour les détenteurs de billets, avec des dispenses de quarantaine. La Roumanie songe à faire de même pour les visiteurs restant moins de trois jours sur place et présentant un test négatif au Covid-19. 

Mais des restrictions sont en vigueur partout ailleurs et notamment au Royaume-Uni, actuellement confronté à une poussée du variant Delta apparu en Inde, et qui doit accueillir à Londres les demi-finales et la finale de la compétition. 

  • Des pays privés de fan zones

L’une des inconnues sanitaires du tournoi est l’impact qu’auront sur les contaminations les rassemblements spontanés ou organisés hors des stades, à travers tout le continent, pour suivre les matches entre amis, voisins ou en famille. « Les fans ont un besoin légitime d’exprimer leur soutien et leur joie, mais il vaut mieux avoir quelque chose d’organisé plutôt que des fêtes sauvages et non contrôlables », estime Daniel Koch. 

Des fan zones sont ainsi prévues en Russie, Pologne, à Londres, Glasgow, Budapest, Rome, Copenhague, Vienne et dans le plus grand stade de Kiev, avec des jauges variées et sous condition de réservation, preuve de vaccination ou test Covid négatif. Rien de tel n’est en revanche programmé à Séville, Bucarest et en Suède, quand Munich a renoncé à ce type d’espaces et Bruxelles préfère l’éviter avant un possible assouplissement le 30 juin. Côté français, où les fan zones sont autorisées si les spectateurs restent assis et masqués, rien n’est encore annoncé hors de Paris. Enfin, bars et restaurants devraient être nombreux à offrir des écrans géants mais devront composer avec les limites de capacité en terrasse ou à l’intérieur, le nombre maximum de personnes par table ainsi que d’éventuels couvre-feux. 

Le risque de contamination dans les fan zones et les bars existent. Les matches de l’Euro, « c’est un peu la même chose que les pistes de ski : ce n’est pas l’activité elle-même qui est problématique, mais tous les à-côtés », note en effet Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l’université de Montpellier. « Les moments les plus à risque, c’est lorsque les supporters se retrouveront autour d’un verre dans des espaces clos et peu ventilés (bars ou restaurants, buvettes…), alors que les gestes barrières se relâchent », souligne Antoine Flahault. 

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En intérieur, « la densité de population peut poser problème », poursuit l’épidémiologiste Mircea Sofonea, selon qui cela peut potentiellement favoriser « des événements de superpropagation » du virus. « Dès qu’on est en extérieur, c’est immédiatement mieux », ajoute Bruno Andreotti. Pour autant, même s’il est bien moins élevé qu’en intérieur, le risque n’y est pas nul. « Si les gens n’ont pas de masque, crient et chantent, le contexte est défavorable, d’autant plus s’il y a très peu de vent », estime Mircea Sofonea. 

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