Karim Benzema de retour en Bleu : récit de cinq ans et demi d’affaires et de polémiques

C’est un retour surprenant. Didier Deschamps a ajouté l’attaquant Karim Benzema à sa liste pour l’Euro de foot (11 juin-11 juillet), après avoir été champion du monde sans lui en 2018. « J’ai toujours passé outre mon cas personnel, l’équipe de France ne m’appartient pas, elle est au-dessus de tout », s’est justifié mardi soir le sélectionneur, alors que « KB9 » vit à 33 ans l’une des meilleures saisons de sa carrière au Real Madrid.  

Karim Benzema en équipe de France, c’est un talent évident : 27 buts en 81 sélections. Mais c’est aussi des polémiques comme l’affaire de la sextape ou sa mise à l’écart et ses propos accusateurs contre Didier Deschamps, qui ont donné lieu à quelques passes d’armes politiques… Retour sur plus de cinq années de mise à l’écart. 

  • 2015 : du brassard à la sextape

Pour ouvrir l’année 2015, Karim Benzema porte le brassard des Bleus pour la première fois de sa carrière, face au Brésil (1-3). Il marque un doublé contre l’Arménie (4-0) le 8 octobre 2015. Sans savoir qu’il dispute ses dernières minutes avant un long moment. Brusquement, son avenir s’obscurcit en effet quand il est mis en examen le 5 novembre 2015 dans l’affaire du chantage à la sextape exercé sur son coéquipier Mathieu Valbuena. Son contrôle judiciaire lui interdit de le rencontrer. Mi-décembre, le président de la FFF Noël Le Graët annonce qu’il « n’est plus sélectionnable » tant que sa situation judiciaire « n’évolue pas ». 

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Le fond de l’affaire est le suivant : après avoir récupéré une vidéo intime de Mathieu Valbuena, des maîtres-chanteurs ont décidé de soutirer de l’argent à ce dernier. Ils ont contacté un proche de Karim Benzema, Karim Zenati, en espérant que la star du Real Madrid puisse servir d’intermédiaire. En octobre 2015, les deux internationaux s’entretiennent à Clairefontaine, le centre d’entraînement de l’équipe de France de football. Karim Benzema explique pouvoir « présenter quelqu’un de confiance » à Mathieu Valbuena, selon l’ordonnance de renvoi consultée par l’AFP, pour l’aider « à gérer » la possible publication de cette vidéo. « Attention Math, c’est des gros, gros voyous », le prévient-il. Après cette discussion, Karim Benzema appelle son ami Karim Zenati et lui explique : « Il ne nous prend pas au sérieux ». Un « nous » qui, selon l’accusation, montre que l’attaquant madrilène « s’inclut » dans cette entreprise de chantage. Le joueur de foot du Real Madrid plaide le conseil amical à « un pote » et a plusieurs fois expliqué avoir voulu « aider » Mathieu Valbuena, là où la justice le soupçonne de pression délictuelle. 

  • Mars 2016 : les critiques de Manuel Valls

Karim Benzema bénéficie le 11 mars 2016 d’une levée de son contrôle judiciaire et de l’interdiction de rencontrer Mathieu Valbuena, actuellement sous contrat avec l’Olympiakos en Grèce. L’Euro 2016 redevient envisageable pour lui. Mais le 15 mars, Manuel Valls estime sur RMC que les conditions « ne sont aujourd’hui pas réunies », rappelant qu’il « est toujours mis en examen ». « Par rapport à la jeunesse, un grand sportif se doit d’être exemplaire », redit ce jour-là le Premier ministre. 

Réplique de Karim Benzema sur Twitter : « 12 saisons que je suis professionnel : 541 matchs joués 0 carton rouge 11 cartons jaune(s) !!! Et certains parle(nt) de mon exemplarité ??? » Selon des propos rapportés par le Canard Enchaîné, le président de la République François Hollande demande à ses ministres « d’arrêter leurs conneries », alors que le ministre des Sports Patrick Kanner s’était également exprimé sur cette affaire. 

Les propos de Manuel Valls ne passent pas auprès d’Eric Dupond-Moretti, alors avocat du joueur. Le 14 avril 2016, l’actuel ministre de la Justice déclare sur RMC « en vouloir au Premier ministre de s’être mêlé de la sélection en équipe de France » et estime que « ce n’est pas son job ». 

  • Juin 2016 : Benzema relance la polémique sur le « racisme »

Au nom de l’exemplarité, Noël Le Graët et Didier Deschamps annoncent le 13 avril qu’ils ne le prendront pas à l’Euro 2016. Le 1er juin, dans une interview en forme de règlement de compte publiée dans le quotidien sportif espagnol Marca, Karim Benzema accuse le sélectionneur des Bleus d’avoir « cédé à la pression d’une partie raciste de la France ». L’attaquant du Real Madrid évoque les récents succès électoraux du Front national pour appuyer son propos. Deux jours après, la résidence bretonne du sélectionneur est vandalisée, avec un tag le traitant de « raciste » sur un mur d’enceinte. 

En mars 2017, Benoît Hamon, alors candidat du PS à la présidentielle, s’exprime sur le cas Benzema dans l’émission L’Equipe du soir. Selon le socialiste, le retour de l’attaquant en équipe de France est « un sujet sportif ». Mais Benoît Hamon regrette pourtant « un climat, en France, raciste qui existe et qui est fort ». 

  • Mai 2021 : des élus dénoncent les propos « racistes » du sénateur RN Stéphane Ravier

Dès l’annonce du retour de Karim Benzema chez les Bleus, mardi soir, plusieurs élus ont salué ce rappel de l’attaquant du Real Madrid, comme le député LREM Sacha Houlié, qui a parlé d’un « retour mérité », ou Rachida Dati, l’ex-ministre de la Justice et maire LR du VIIe arrondissement parisien se disant « heureuse de son retour tant espéré en équipe de France », soulignant qu’il est « toujours très engagé pour les enfants en difficulté ».  

Certains élus fustigent également les propos « racistes » du sénateur du Rassemblement national de Marseille Stéphane Ravier qui a qualifié sur Twitter le joueur de « Français de papier ». 

Des propos qui ont immédiatement soulevé l’ire de la numéro 2 d’EELV Sandra Regol sur le plateau de Franceinfo : « Mr Ravier se permet de juger ceux qui ont le droit d’être français avec des expressions odieuses (…) Il a utilisé l’expression ‘Français de papier’ qui est d’un racisme odieux que très peu de personnes de la classe politique utilisent car elle est vraiment de l’extrême et de la pire extrême droite », a-t-elle rétorqué. Pour le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale Christophe Castaner, « les rares fois où Stéphane Ravier marque, c’est toujours contre son camp, contre la France », a-t-il tweeté. 

  • Benzema jugé en octobre 2021 dans l’affaire de la sextape

Après six ans de rebondissements judiciaires, la star du Real Madrid, mise en examen pour « complicité de tentative de chantage », sera jugée par le tribunal de Versailles du 20 au 22 octobre 2021. Il comparaîtra libre, sans contrôle judiciaire, et risque théoriquement cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.  

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Dans ce dossier, quatre autres hommes sont poursuivis pour tentative de chantage – dont Karim Zenati – et l’un d’entre eux est également mis en examen pour abus de confiance. Karim Benzema était également initialement poursuivi pour « participation à une association de malfaiteurs » avant que cette qualification soit abandonnée. 

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